Article de Laurent Polet, Professeur en Management à l’Ecole Centrale Supélec.

Ils font la une des magazines ! Ils ont l’air joyeux, car ils ont changé de métier. Ces images qui se répètent dans la presse peuvent créer l’idée implicite que la reconversion est synonyme de période joyeuse. Dans la réalité, serait-ce un mythe ? Comment ces bifurcations qui nous font envie sont-elles réellement vécues ?

Une reconversion : d’abord, un passage à l’acte

Rappelons un principe fondamental de la reconversion pour bien comprendre le sujet. La reconversion dont nous parlons ici concerne les reconversions dites « choisies ». Cela signifie par conséquent une décision de changement assumée par la personne, par opposition à une reconversion qui serait « subie ». Les pages des magazines et blogs consacrés au changement de vie célèbrent d’abord ces reconversions professionnelles. Les bifurcations les plus radicales se traduisent d’ailleurs fréquemment par un choix qui n’est pas par défaut.

Alors, pour ceux qui n’ont pas sauté le pas – mais qui en rêveraient – ces passages à l’acte sont souvent source d’admiration. Et pour cause, ces reconvertis éprouvent une forte satisfaction d’avoir réussi à faire un choix de changement. Il y a une forme de fierté d’avoir eu « l’audace » de franchir le pas. Ces prises de décision ont d’ailleurs souvent été difficiles à prendre.

Aider à faire ces choix audacieux est au coeur de la méthode développée par Primaveras. Il y a cet acheteur qui a décidé de lancer son activité de facilitation graphique, ou cette jeune diplômée d’école de management qui s’engage dans l’agriculture urbaine. Ces reconversions improbables rayonnent donc incontestablement une joie, celle d’avoir sauté dans l’inconnu, pour aller vers un renouveau professionnel. L’enthousiasme de ces ruptures résultant d’un choix de vie se dégage donc incontestablement des témoignages de reconvertis.

L’envers du décor : du mythe à la réalité

Cependant, les instantanés de reconversion saisis au détour des interviews ne peuvent occulter ce que cachent ces périodes de changement. Une reconversion – radicale de surcroit – signifie beaucoup de travail, d’abnégation, de persévérance … et de chance. Passé l’acte fondateur de la décision, tout reste à faire. Si le passage à l’action peut être libérateur, il suppose d’être systématiquement accompagné d’une implication soutenue. Les hauts et les bas ne manquent pas donc de se présenter. Tout ne peut se dérouler comme prévu dans la découverte d’une nouvelle activité ou d’un nouvel univers. Qu’il s’agisse d’ouvrir un commerce ou de devenir indépendant, un temps de « montée en compétences » est absolument incontournable.

Ces épreuves qui se présentent sur un parcours de changement ne sont pas forcément vécues comme des difficultés insurmontables. Avoir de la méthode, adopter une démarche rigoureuse permet de dépasser les incertitudes pour réussir sa transformation. Par exemple, démarrer une activité de thérapeute suppose souvent la patience d’une formation longue avant d’exercer vraiment son futur métier. Se lancer dans un nouveau secteur d’activité, tel que l’ESS, suppose de prendre le temps de découvrir les spécificités de cet univers.

Quand y’a d’la joie !

Pour autant, un trait commun caractérise les histoires de reconversion. Une reconversion professionnelle choisie, lorsqu’elle correspond parfaitement à l’identité de la personne, sera source de joie. C’est d’ailleurs un indicateur essentiel de la bonne décision. Il est en effet frappant de constater que la joie accompagne ces reconvertis dans leurs parcours « combattifs ». Malgré le temps long ou les épreuves, l’enthousiasme ne quitte pas ceux qui mûri leur choix de se reconvertir.

Une reconversion joyeuse serait ainsi le signe d’une reconversion adaptée à la personne. Mais, il ne faudrait pas en conclure que ces changements se vivent dans une sorte de béatitude permanente. Car un travail de reconverti n’est pas différent du travail de celui qui ne s’est pas reconverti. Il se confronte aux mêmes défis, imprévus voire déceptions. La différence essentielle réside dans la motivation profonde qui est attachée à la nouvelle vie pro. Cette motivation se traduit par un état d’esprit positif. La reconversion joyeuse n’est donc pas un mythe lorsqu’elle est choisie avec discernement.

 

 


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