Article de Laurent Polet, DG de Primaveras, Professeur en Management à l’Ecole Centrale Supélec.

Il est fréquent d’associer à l’âge senior – de plus de 45 ans ou 50 ans – un seuil couperet dans l’évolution professionnelle. L’ancienneté condamnerait toute possibilité de changement, voire de reconversion. Mais, parallèlement, on sait que la carrière est loin d’être terminée à 50 ans. On pourrait même considérer qu’il devient impératif pour eux de s’adapter aux mutations du monde du travail … ! Alors est-il possible de faire une reconversion quand on a passé 50 ans ?

 

Gare aux stéréotypes sur les plus de 50 ans

 

Commençons par enfoncer des portes ouvertes ! Les représentations sur les séniors sont largement relayées par nos médias. On n’échappe pas ici et là aux démonstrations – chiffres à l’appui – sur les difficultés d’insertion des seniors au chômage. Chacun a entendu que tel cadre en poste au delà de la cinquantaine s’approcherait dangereusement de la « porte de sortie ».  Une issue qui se présenterait bien avant l’âge légal de la retraite !

Le propos ne sera pas ici de contester ces clichés, ou de les confirmer. Mais il est essentiel de comprendre l’effet désastreux de ces communications. Ces stéréotypes générationnels provoquent en vérité une forme de prophétie auto réalisatrice. Les messages en boucle finissent par convaincre les premiers concernés qu’ils « sont foutus » ! L’expérience devrait bien au contraire donner de l’assurance. Or, je constate que les quinquas ont souvent intégré comme une évidence que la fin de carrière sera forcément une galère !

 

Le salut dans le changement

 

Autant dire que les plus expérimentés partent avec un réel handicap pour aborder un changement. Comment réussir quand on a été persuadé que c’était impossible !? De mes observations, c’est le frein principal à la mobilité ou à la reconversion des plus de 50 ans, tout en ayant conscience que certaines organisations jouent à l’évidence un rôle néfaste. Imaginons que les seniors ne prennent pas ces clichés pour argent comptant ? Nous pourrions alors considérer que le changement serait un étape impérative dans une fin de carrière.

La première raison repose naturellement sur l’environnement de travail qui connaît de multiples mutations auxquelles il y a nécessité de s’adapter. Que cela suppose de changer de métier, ou que cela suppose d’apprendre à travailler autrement, le résultat est identique. Dans les deux cas, il a changement à opérer pour les plus avancés en carrière. Quant à la seconde raison, elle tient aux actifs eux-mêmes. Car l’âge légal de la retraite s’approchera inéluctablement de 65 ans. Aussi, la durée de la dernière partie de vie professionnelle est finalement bien longue… Ne serait-il donc pas bien plus motivant pour nos quinquas d’envisager de faire autre chose durant cette longue période de vie au travail !?

 

Quand la reconversion a finalement déjà eu lieu

 

Nous pourrions donc poser la question à l’envers. Est-il possible ou souhaitable il n’y ait pas de reconversion professionnelle après 50 ans ? La réponse est clairement non. Rien ne condamne à ne plus apprendre, à ne plus évoluer, à ne plus découvrir, quand on passe la cinquantaine ou la soixantaine. J’en veux pour preuve les multiples histoires de ces retraités actifs, qui s’épanouissent dans des actions bénévoles, ou à l’université dite du temps libre !

D’ailleurs, rappelons que ceux qui avaient 20 ou 30 ans dans les années 80 ou 90 ont déjà connu des ruptures fortes. Et qu’ils s’y sont largement adaptés. Il ne faut pas négliger l’impact majeur qu’a eu l’arrivée de l’informatique dans les entreprises. Ce qui a conduit les actifs à changer, voir à changer de métier. Sans attendre les quêtes de sens, la reconversion professionnelle fut réalité de la génération de cette époque caractérisée par des crises récurrentes. Les seniors peuvent donc amplement s’appuyer sur des précédents de leur carrière pour savoir ce que reconvertir ou changer veut dire.

La réponse est qu’il n’est pas impossible de mener une reconversion pour ceux dont l’expérience a été jalonnée de mutations. Ces réorientations sont même souhaitables. Retrouver un sens au travail a besoin d’être entretenu à tout âge. La seule limite énoncée réside dans ce frein qui ne doit pas concerner que le marché de l’emploi. Il importe en effet que les plus de 50 ans ne se fassent pas eux mêmes les apôtres de leur condamnation dans le monde professionnel !

 


Envie de faire le point sur votre carrière, de retrouver du sens au travail ? Découvrez notre programme l’Émulateur et inscrivez-vous à l’une de nos visios d’informations pour rencontrer notre équipe et poser vos questions !

Vous pouvez suivre toutes les actualités de Primaveras sur Linkedin et Facebook.

Une question précise ?